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Sous la Grande Ferme, les couches du temps

Le site et le fleuve, au pied du Cap Tourmente

À première vue, La Grande Ferme de Saint-Joachim se présente comme une imposante maison de pierre construite en 1866. Sous la pelouse et les fondations se cachent pourtant les traces de plusieurs siècles d’occupation, de transformations et de bouleversements.

Stratigraphie de l’opération 12A montrant les couches archéologiques du site
La Grande-Ferme. Stratigraphie de l’opération 12A (CgEq-5), avec contextes archéologiques. © Catherine Caron, 2011. Source : Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Une fouille à l’est de la maison actuelle

L’opération archéologique 12A a été réalisée à l’est de la maison actuelle. Les sols y ont été excavés sur une profondeur d’environ 1,50 mètre. La fouille a révélé des vestiges associés au corps de logis agrandi vers l’est en 1685.

La représentation stratigraphique permet de visualiser les différentes étapes de l’occupation du terrain. Chaque couche correspond à un aménagement, à une période d’utilisation ou à un événement ayant laissé une trace matérielle.

Lire le passé dans le sol

La couche la plus profonde correspond au sol naturel, qualifié de sol stérile par les archéologues. Dans ce contexte, le mot ne signifie pas que le sol était sans vie. Il indique plutôt qu’aucune trace matérielle liée aux occupations humaines étudiées n’y a été observée.

Au-dessus se trouve le sol de la cour qui précédait la maison. Cette succession rappelle que le territoire a connu plusieurs usages avant que le bâtiment actuel ne domine le paysage.

La maison agrandie en 1685

En 1685, la maison est agrandie vers l’est. La fouille a permis d’identifier une partie du mur de façade, les traces possibles d’un âtre ou d’une cloison, le lit de pose d’un plancher ainsi que des vestiges de plancher de bois.

Ces éléments donnent une dimension concrète à la vie quotidienne des personnes qui habitaient et exploitaient le domaine. Femmes, élèves, maîtres, engagés et prêtres ont fréquenté cet établissement agricole lié au Séminaire de Québec.

L’incendie de 1759

L’une des couches les plus marquantes correspond à l’incendie de 1759. Le 23 août 1759, les troupes britanniques attaquent Saint-Joachim. La Grande Ferme et plusieurs bâtiments de la région sont incendiés dans le contexte de la guerre de la Conquête.

Dans le sol, cet événement apparaît sous la forme d’un niveau sombre composé de matériaux brûlés et de débris. Cette couche constitue une frontière archéologique nette entre l’occupation antérieure à l’incendie et les réaménagements qui suivent.

De la reconstruction à la maison actuelle

Après l’incendie, les murs de l’ancienne maison sont progressivement arasés. Vers 1760, le Séminaire fait construire une résidence plus modeste sur la partie ouest des ruines. En 1866, cette maison est démolie et remplacée par la longue demeure de pierre que nous connaissons aujourd’hui.

La couche supérieure de la stratigraphie représente la cour de la maison actuelle, puis la terre végétale qui recouvre les vestiges anciens. Sous un même terrain se superposent donc les traces de plusieurs bâtiments et de plusieurs générations.

Une histoire conservée sous nos pieds

La valeur archéologique de La Grande Ferme tient à cette succession d’occupations. Murs, planchers, foyers, couches d’incendie et surfaces de cour racontent l’évolution du domaine depuis la Nouvelle-France.

La stratigraphie de l’opération 12A rappelle que le patrimoine ne se limite pas aux bâtiments encore debout. Il se trouve aussi dans les sols, là où les gestes du quotidien et les grands événements de l’histoire ont laissé leurs marques.

Patrimoine Archéologie